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DODES'KA-DEN

(Dodesukaden)

Un film de Akira KUROSAWA | Drame | Japon | 1970 | 144mn | Couleur

Dans un quartier en marge de la civilisation se dresse un bidonville peuplé d’hommes et de femmes durement éprouvés par l’existence : il y a ce père qui rêve de la maison idéale pendant que son fils s’en va mendier en ville, ces deux maris alcooliques qui échangent leur femme, cette jeune fille complètement soumise à son oncle qui finit par abuser d’elle. Le quotidien de ces personnages est rythmé par les allées et venues d’un tramway invisible, conduit par Rokuchan…

Au cinéma le 9 mars en version restaurée inédite dans le cadre de la Rétrospective Akira Kurosawa - Les Années Toho

 

UN POÈME CINÉMATOGRAPHIQUE RENVERSANT

SUR LES LAISSÉS-POUR-COMPTE DE LA SOCIÉTÉ JAPONAISE

 

Premier film réalisé depuis Barberousse, plus de cinq ans auparavant, Dodes’ka-den marque un tournant dans la carrière de Kurosawa : il s’agit de son premier film en couleurs – lui qui avait toujours été un ardent défenseur du noir et blanc – et celui qui marquera la fin d’une collaboration de dix-sept ans avec son acteur fétiche, Toshiro Mifune. Dodes’ka-den est avant tout un son : ce titre en forme d’onomatopée pourrait se traduire par « tougoudoum », du bruit des roues glissant sur les rails. Cette œuvre de Kurosawa – l’une de ses plus célèbres mais aussi l’une de ses plus complexes – peut être envisagée comme une relecture des Bas-Fonds, réalisé en 1957, qui figurait déjà un huis-clos au sein d’un quartier défavorisé. Le regard que porte le cinéaste sur ces habitants paraît cette fois plus pessimiste, même si l’utilisation quasi-expérimentale de la couleur vient apporter une nouvelle fraîcheur, contrebalançant l’horreur de ce quartier dominé par les pulsions agressives de sa population, entre alcoolisme, inceste et vol. Pour s’extraire de leur sombre réalité, les personnages n’ont d’autre choix que de faire appel à leur imagination et leur capacité à rêver. De fait, la géographie même des lieux, volontairement floue et abstraite, confirme l’importance de cette notion d’imaginaire, tout comme les décors antinaturalistes soulignent cette impression d’artificialité. Mais Dodes’ka-den est avant tout une magnifique métaphore sur le cinéma, à travers le bouleversant Rokuchan : en conduisant ce faux tramway dont seuls les bruits se matérialisent, ce personnage célèbre à sa façon la puissance du rêve sur la réalité, unique exutoire à la misère du quotidien.

 

 

        
        
Réalisateur
Rainer Werner FASSBINDER

Akira KUROSAWA

 
Né en 1910, Akira Kurosawa est l’un des cinéastes japonais les plus acclamés du XXe siècle, dont l’impressionnante carrière a donné naissance à un florilège de chefs-d’oeuvre puissants et indémodables. En cinquante ans, le cinéaste a touché à tous les genres : le film d’action, la fresque historique, le film noir, le drame intimiste… Grand connaisseur de la littérature occidentale, il a également transposé de nombreux auteurs à l’écran : de Shakespeare (Le Château de l’Araignée) à Maxime Gorki (Les Bas-Fonds), en passant par Ed McBain (Entre le ciel et l’enfer).
C’est à l’âge de 25 ans que Kurosawa entre à la Toho – alors appelée Photo Chemical Laboratories – où il occupe dans un premier temps le poste d’assistant-réalisateur. Il y réalise son premier film, La Légende du grand judo, huit ans plus tard. Dès lors, sa filmographie se fait en grande partie au sein de ces célèbres studios japonais, et il finira par être son réalisateur emblématique.
Kurosawa a été l’un des plus importants ambassadeurs japonais à l’étranger car son oeuvre est de fait indissociable de son pays. Ses films sont de formidables témoignages sur le Japon – aussi bien médiéval (Qui marche sur la queue du tigre…) que contemporain (Vivre dans la peur) – dans lesquels le cinéaste fait preuve d’un regard empreint d’humanisme, mais néanmoins critique, sur la société nippone. Son art du réalisme visionnaire fait de Kurosawa rien de moins qu’un double cinématographique de Dostoïevski, l’une de ses principales références littéraires. Cinéaste influencé par la culture occidentale, il finira par l’influencer à son tour ; Martin Scorsese, Clint Eastwood, George Lucas… de grands réalisateurs d’aujourd’hui vouent un culte à son oeuvre.

 

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